Prière aux quatre directions

Le départ est imminent, prévu pour mercredi. Nous avons couru le monde ces dernières semaines : Pierrot aux quatre coins de la France ; Jean à Bar Harbor, au lac MacDonald et jusqu’au Havre Saint-Pierre ; moi-même au lac MacDonald également, puis en Estrie. La route nous habite déjà — et nous avons hâte de nous abandonner complètement à elle. Au moment de faire les derniers préparatifs et d’inventer un rituel pour inaugurer l’expédition, je pense au désir des Indiens de se référer aux quatre directions lors de certaines cérémonies. J’y vois une façon de m’imaginer dans le grand Tout, avec tous mes âges. S’inscrire dans un ordre qui nous dépasse ne permet-il pas de lâcher prise?

Que le meilleur advienne sur cette route sacrée!

4directions

Au sud je suis une enfant qui court
dans son haleine et ses énigmes
Mes poupées ont des griffes invisibles
La vérité se fait neuve
Je m’échappe
Je suis une souris
Je vais voir ailleurs

Le ciel avale tout sur son passage

Ô Grand Sud
célèbre la croissance de nos artères

À l’ouest je suis nubile
Nymphe sous la pluie
J’attends ma vision à moi
L’âme qui s’arrondit comme un ours
La suite des méridiens
Là-bas les rivières coulent dans les deux sens

Je veille sur la trajectoire de mon rêve

Ô Grand Ouest
sois notre fétiche, notre fumée noire

Au nord j’enfante
Je me baigne avec les bisons et les nébuleuses
Je sais où loge la clarté
Comment vivre avec le feu
La peur n’a plus cours près des racines

J’abandonne mon souhait d’une vie meilleure

Ô Grand Nord
donne-nous l’endurance de tes plus forts sabots

À l’est je décide de mon pas
Comme un chasseur éphémère
Mes yeux sont des aigles qui parlent
Le territoire me regarde
Et moi je guette le jour naissant

La prochaine illumination est mon embarquement

Ô Grand Est
accueille nos fléchissements, notre silence

Au centre qui suis-je
Vide et polarisée
Partirais-je enfin allège
Pour m’élever plus près des cieux

Ô Grand Esprit
guide-nous dans les turbulences de nos âges

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Le Nord expliqué aux tout-petits

MarianneS’adressant à tous les enfants du monde — et en particulier à Marianne, deux ans et demi, filleule d’Isabelle —, Jean Désy présente, dans ses grandes lignes, la faune boréale. Tout en écoutant cet exposé éminemment scientifique, les spectateurs pourront admirer sa maîtrise des coups de pagaie, dont le fameux coup en J.  

La vie de la Colline blanche

Ceux qui nous suivent par l’intermédiaire de notre page Facebook auront réalisé que nous sommes allés, Jean et moi, à la Colline blanche la semaine dernière, avec comme objectif de faire du repérage en vue de l’expédition du mois d’août. On ne mettra pas tout de suite d’images de l’Antre de marbre — gardons un peu de suspense —, mais voici en revanche quelques photos des alentours. Un monde fabuleux. Vous remarquerez que ce n’est pas que le quartzite qui donne sa couleur blanche à la colline, mais aussi le lichen, en particulier la cladonia rangiferina, aussi appelée mousse à caribou. Mais on ne peut pas dire que ce soit le blanc qui domine : toutes ces couleurs ne sont-elles pas étonnantes?

Sous-bois

Sous-bois: mousse, lichen et thé du Labrador

Sentier (inscriptions sur la pierre)

Inscriptions sur les pierres du sentier

Grande barbe de lichen

Grande barbe de lichen

Arabesques à la nuit étoilée de Van Gogh

Arabesques à la nuit étoilée de Van Gogh

Reflet dans la pierre

Reflet dans la pierre

Les couleuvres en état de grâce

Des couleuvres en état de grâce

Chronique sur la vie dans le bois I

Pour commencer la fin de semaine en beauté, voici la première des Chroniques sur la vie dans le bois. Ici, Jean Désy nous donne une petite leçon de pêche (avec tout l’enthousiasme qu’on lui connaît). Car, sur la route sacrée, il y a aussi des lacs, beaucoup de lacs… Et qui dit lac dit pêche. À ce sujet, le pêcheur d’expérience s’exprime : « Pêcher, c’est entrer en contact intime avec la vie, les eaux, le ciel, la joie, les algues et les brochets, comme c’est entrer en contact avec la mort, par d’obligatoires coups sur le crâne. Car pêcher, c’est accepter l’épreuve de la mort pour la survie, avec un peu de tristesse finalement, une bête ayant donné sa vie pour que nous puissions poursuivre la nôtre… ». (Pour moi, cette séance de pêche fut aussi l’occasion d’essayer un premier film avec mon nouveau iPhone.)