Pepkutshukatteu

Pepkutshukatteu, en innu aimun (l’innu des bois), veut dire « la toile de ma tente est trouée de cent étincelles de bois crépitant de mon petit poêle », écrit Alexis Joveneau, missionnaire oblat, dans un texte publié par la revue Histoire Québec. C’est ce missionnaire, qui a vécu pendant des décennies sur la Basse-Côte-Nord, particulièrement à Unamen Shipu (La Romaine), qui apparaît comme personnage central dans Le goût de la farine, le fameux film de Pierre Perrault. Nous en avons fait un de nos guides pour l’expédition de La route sacrée. Dans cet article, écrit au milieu des années 80, le père Joveneau ajoute : « Les Indiens désignent par leur nom chaque perche et chaque piquet de la tente, ils donnent son propre nom à chaque sac de toile selon leur usage ».

Le père Joveneau dans «Le goût de la farine»

Le père Joveneau dans Le goût de la farine de Pierre Perrault

Pepkutshukatteu : quelle magnifique poésie pour parler d’une vie d’avant la modernité. Déjà, en 1984, le père Joveneau souligne : « Les trois qualités des Blancs sont la politesse, la propreté et la ponctualité. Les trois qualités des Indiens sont : la paix, la patience et le partage. […] Pendant des millénaires, les Indiens ont survécu grâce à leur culture. Aujourd’hui, c’est leur culture qu’on essaye de faire survivre. […] Les enfants indiens parlent une autre langue. […] Les Indiens n’emploient plus leurs plus beaux mots, fruits de leur génie, de leur race, fruits de leurs marches et des nuits sans étoile, autour du feu, fruits de cette vie unique qu’eux seuls pouvaient vivre sur terre. […] Maintenant, sur les réserves, les valises ont toutes le même nom, et tous les murs sont semblables ».

Comment comparer le présent de 1984 au présent de 2014? Y a-t-il lieu de croire que l’innu aimun a repris de la vigueur, grâce à la parole d’écrivains tels que Joséphine Bacon, Natasha Kanapé Fontaine, Rita Mestokosho, Naomi Fontaine, grâce à l’œuvre de l’Institut Tshakapesh, grâce à des projets mobilisateurs, tant en cinéma (la Wapikoni mobile) qu’en littérature (Aimititau! Parlons-nous!, Les bruits du monde)?

Pour notre part, sur la route sacrée de la forêt boréale, bien humblement, nous souhaitons trouver des bribes de cette poésie innue et crie, afin de reprendre contact avec une parole millénaire qui, nous le pressentons, existe encore au sommet des épinettes, dans l’antre des ours, dans la tête de bien des grands-pères qui savent encore nommer la danse des lucioles.

 

On peut visionner Le goût de la farine (1977) sur le site de l’ONF.

L’article du père Joveneau dont il est question, « Eka takushameshkui : Ne mets pas tes raquettes sur les miennes », est disponible ici, en format PDF.

L’exposition Matshinanu/Nomades, réalisée par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), été constituée à partir de photos qui provenaient en bonne partie du fonds Alexis Joveneau. C’est Joséphine Bacon qui a écrit les textes en écho à chaque photographie.

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6 réflexions sur “Pepkutshukatteu

  1. VALDERA vous attend. Elle a déjà brouillé l’eau et agacé les maringouins. Elle est un petit peu malfaisante, mais c’est de bon coeur. Elle voyage léger, munie de son grattoir et de ses chers pinceaux qui, cet été, ne la quittent pas. Dépêchez-vous d’arriver avant qu’elle n’ait tout gratté et repeint en bleu chalet le paysage. Elle a eu du mal à se connecter, mais ça va mieux. Le mal est passé. Elle a retrouvé son mot de passe magique et pris la route sacrée avec ses amis de longue vue.

  2. Valdera a-t-elle trouvé le mot signifiant « tout gratter et repeindre en bleu chalet le paysage »? Bienvenue sur la route sacrée, pèlerine aux pinceaux magiques!

  3. Zut de zut, c’est compliqué parler en innu. Je cherche mon mot. Et si Valdera retournait à ses pinceaux pour oublier ce qu’elle cherche en espérant évidemment, secrètement, le trouver? Le bon mot se trouve peut-être au haut de l’échelle, en équilibre instable, dans le risque permanent de tomber?

  4. L’optimiste en moi – avec un pseudo tel que herosdemavie – croit que vous trouverez des bribes de cette poésie innue et crie.
    Sans rien enlever à la réalité amérindienne et aux saccages dont ils ont été victimes – je connais peu les détails de leur histoire mais les grandes lignes concernant leur oppression – , je crois que dire que le présent de 1984 ne ressemble en rien au présent de 2014 peut s’appliquer à toutes les sociétés, à toutes les cultures. Au nom du progrès et du changement, des pertes se réalisent et pas toujours pour le mieux!
    Tout blanc que nous sommes, pour nous aussi les valises ont toutes le même nom et les murs sont tous semblables. Société de consommation et société de non-durable, l’uniformisation nous guette, voulant que chacun ressemble à son voisin et pense comme lui. C’est mon humble opinion et j’espère qu’elle ne vous déprime pas trop. :-)
    Je vous souhaite une bonne quête, une bonne route et au plaisir de vous suivre à travers les épinettes.

    • Merci de votre commentaire et de votre optimisme quant à notre expédition! Nous tenterons d’injecter du sens et de la poésie dans ce présent parfois bien fade…

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