La route sacrée

Nous voici arrivés à une étape importante de l’expédition: la parution du livre, une belle petite brique de 400 pages! Jean et moi avons repris les textes de ce blogue en les peaufinant et en les enrichissant considérablement, composant ainsi un récit à deux voix – et presque à trois voix, puisque nous accordons évidemment une place importante aux propos de Pierre-Olivier (qui signe une postface). Merci aux gens des Éditions XYZ et en particulier à Pascal Genêt pour le travail colossal de relecture et de montage. Le livre sera en librairie dans les prochaines semaines, au début de février. Nous espérons très fort que vous serez inspirés par nos mots.

Au plaisir de reparler de tout cela avec vous!

laroutesacree_couvvf

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Advertisements

Un poème pour Romie

À l’occasion du baptême de leur fille Romie, mon frère et sa blonde m’ont demandé d’écrire un poème. Je me suis prêtée au jeu avec plaisir et émotion, réalisant que grâce à la petite Romie, c’est un peu de mon propre sang qui se métisse au sang innu. En effet, la grand-mère maternelle de Romie est Innue, de Pessamit.

BaptemeRomie

Le baptême de Romie

 

Tu nages encore dans la rivière de ta naissance,

petite loutre de beau temps,

gigoteuse, marsouineuse, rêveuse.

 

Quand tes yeux croisent nos yeux,

nous sommes si émus :

te voilà déjà dans ta vie de femme,

ta vie d’enfant de Dieu.

 

Que s’ouvrent tes mains sur les premières neiges,

ce qui transforme le paysage et nous transforme aussi.

 

Que ta quête te mène au cœur du monde : forêts, villes, déserts,

dans les campes, les tentes, les grands hôtels, les tropiques –

qu’elle te mène jusque chez nous, jusque chez toi.

 

Que fleurissent tes secrets : ton beau rire de fille heureuse,

ta joie de fille arc-en-ciel, de fille louve,

le sourire qui appelle nos propres sourires.

 

Nous dirons la beauté de tes lignages et métissages :

quand tout devient sombre, quand tout s’éclaire,

ton sang est la plus grande alliance,

le plus puissant avenir,

le meilleur fruit de la terre Amérique.

 

Grâce à toi, nous existons tous plus fort.

 

Isabelle Duval, été 2015

 

BaptemeFamille

La famille de Romie

Lors du repas suivant le baptême, le poème a été lu en français par la marraine de Romie et en innu par sa kuhkum (grand-mère). 

Tshinishkumitin, Romie! Merci, Romie, d’être un tel cadeau pour notre monde! Que ta vie soit longue et heureuse!

Ciel du Nord

« Tout est lié », comme le chante Florent Vollant.

Belle collaboration entre le ciel et l’eau, entre les épinettes et les épinettes, entre nous. La terre comme une onde sonore, l’exacte jonction que nous tentons d’habiter le mieux possible.

CielWaswanipi

La chanson « Tout est lié » a été composée par Richard Séguin. On la retrouve sur le dernier disque de Florent Vollant, Puamuna.

9 mois plus tard

Nous étions il y a un an en pleine préparation de l’expédition : montage du blogue, réflexion autour de l’itinéraire à suivre, planification d’un repérage à la Colline blanche, lectures et écritures, achats variés, rencontres de toutes sortes… Tout nous semblait lié à La route sacrée tant ce projet nous habitait.

Où en sommes-nous maintenant, neuf mois après notre virée à l’Antre de marbre?

La route se poursuit en nous, continue de creuser ses chemins. Les enjeux que nous avions identifiés nous paraissent toujours aussi pertinents dans le monde actuel − et même plus que jamais. Jean a colligé toutes les notes qu’il avait prises au fil du voyage, transcrit plusieurs des échanges que nous avions pensé enregistrer, ajouté diverses réflexions. Un récit de voyage est en train de prendre forme, dans lequel je tente de m’insérer, y ajoutant mes propres réflexions, mes photos et certains poèmes d’inspiration nordique. La gestation suit son cours… et nuit quelque peu à notre blogue, que nous voudrions nourrir davantage au fil des jours. Trouver le ton du récit oblige à prendre de la distance avec le ton du blogue. Mais on y reviendra.

Les échanges avec Pierre-Olivier nous nourrissent et nous motivent toujours autant. La conversation à trois reprenait il y a quelques jours, lors du passage de Pierrot à Québec, comme si elle ne s’était jamais interrompue. D’autres projets prendront forme au cours des prochains mois.

Nous retournerons à Waswanipi, à Mistissini et à la Colline blanche en juillet, en plus d’aller canoter sur le lac Albanel.

Le Nord, bien sûr, continue de nous aimanter.

Isa, Pierrot et Jean à Saint-Jean

Petite route sacrée à Saint-Jean de l’Île d’Orléans

Rencontre avec Geneviève Boudreau

Nous rencontrons la poète Geneviève Boudreau au café Krieghoff, sur la rue Cartier, en fin d’après-midi. Geneviève a trente ans. Elle travaille tantôt comme enseignante aux niveaux collégial et universitaire, tantôt comme correctrice, tantôt comme rédactrice pour le ministère de la Culture et des Communications du Québec. En 2012, elle a publié Acquiescer au désordre, aux éditions de l’Hexagone, pour lequel lui a été décerné, à Paris, le Prix du premier recueil de poèmes. À deux occasions, elle s’est rendue à Unamen Shipu (La Romaine), en Basse-Côte-Nord : la première fois pour enseigner (un remplacement à l’école secondaire), la deuxième fois pour y revoir les amis qu’elle compte désormais là-bas. Elle nous raconte comment ces deux séjours ont été déterminants pour elle.

Ce qui nous frappe, d’abord, c’est la quête identitaire de Geneviève. Née aux Îles-de-la-Madeleine, elle vit à Québec depuis plusieurs années. Si elle nous confie être heureuse en ville, elle avoue cependant continuer à chercher qui elle est : « C’est quoi, être Québécois? » Au cœur de son questionnement identitaire, sa rencontre avec les Innus d’Unamen Shipu a constitué un moment charnière. Geneviève nous raconte avoir fait la découverte, chez les Innus, d’une qualité d’être et d’un rapport à la spiritualité qui l’ont amenée à s’interroger sur elle-même, sur sa propre identité.

« Ma rencontre avec les Innus est survenue par hasard dans ma vie. Je n’avais plus de travail. Sur les réseaux sociaux, j’ai su qu’on avait besoin d’une enseignante à Unamen Shipu et j’ai décidé d’y aller, un peu sur un coup de tête. Lors de mon premier contact avec les gens du village… je me rappelle… les enfants parlaient leur langue, la langue innue (même si certains mots se perdent, la langue est restée bien vivante à Unamen Shipu). Je dois avouer le sentiment de culpabilité que j’ai ressenti lorsque j’ai compris mon ignorance de la culture de ce peuple. J’étais arrivée là sans savoir à quoi m’attendre. Je me suis retrouvée seule dans un petit appartement, sans téléphone, sans internet, parce que mon installation était provisoire. Pendant plus de trois semaines, j’ai été coupée de tout, avec pour seule occupation l’enseignement. Quel choc pour moi de me faire dire que j’étais « la blanche »! Mon séjour a été l’occasion de me demander qui j’étais.

« Là-bas, plusieurs traditions sont demeurées vivantes. J’ai vécu des rencontres d’ordre spirituel. Cet hiver, lors de mon deuxième séjour, une de mes belles aventures a été d’assister à la messe dite en innu par une religieuse « blanche », le matin de Pâques, puis, le soir, de vivre l’expérience d’une tente à sudation — une cérémonie traditionnelle encore toute imprégnée de catholicisme. Ce soir-là, il y avait avec nous une psychologue, d’origine innue, qui m’a traduit les paroles du porteur de pipe. Dans la tente, il faisait si noir que je ne parvenais pas à voir mes mains. C’était un moment d’abandon et de partage. Pendant plus de trois heures, nous avons été portés par les battements du tambour et les chants, dans une obscurité totale. Même si je ne parlais pas leur langue, je me suis sentie acceptée. Il faisait chaud, extrêmement chaud, mais tout le monde a fait attention à moi. On m’a respectée, même si on ne me connaissait pas. Ce fut une expérience vraiment intensément humaine, parce qu’elle me plongeait à la fois au cœur de moi-même et au cœur de l’existence des autres, sans retenue, sans artifices.

« Bien sûr, il y a toujours des problèmes sociaux qui persistent à Unamen Shipu. Les Innus ont toute une identité à reconstruire. Mais là-bas, grâce à eux, j’ai pu vivre un voyage que je qualifierais de « poétique ». Les Innus sont porteurs d’une immense poésie du paysage. Ils en ont conscience. J’ai découvert des gens qui aimaient profondément les grands espaces. D’une certaine manière, j’ai voulu écrire pour les remercier. Mon prochain recueil est issu de mon séjour chez eux. Quand je le leur ai présenté, lors de mon deuxième voyage, les jeunes m’ont demandé ce que cela changerait pour eux. Je leur ai répondu que si chacun jette sa pierre dans la rivière, on finira par créer un pont. Ce recueil, c’est ma pierre lancée dans la rivière.

« Il y a une réconciliation nécessaire qui doit être vécue avec les Innus. Certaines personnes doivent tendre les mains, et des deux côtés. Les jeunes, en particulier, veulent que les choses changent. Plusieurs souhaitent que leur culture soit diffusée. À Unamen Shipu, il m’a semblé percevoir une réelle force de résilience. Dès mon retour à Québec, j’ai voulu apprendre la langue innue à l’université, mais on m’a dit que je ne pouvais suivre des cours qu’à Rimouski. J’ai trouvé infiniment regrettable qu’on ne diffuse pas ce savoir dans toutes nos universités, parce que les langues autochtones devraient constituer une part importante de notre héritage. Il reste donc beaucoup, mais beaucoup à faire de notre côté.

Cote-Nord

« Ce qui est intéressant avec le mouvement Idle No More, c’est que les gens sont encore en train de marcher. Il faut admirer la constance autochtone représentée par ce mouvement. Il y a lieu de s’interroger sur les « structures mentales » qui prévalent dans Idle No More, différentes de celles qui prévalent dans nos propres revendications sociales. Ce qui me donne le plus d’espoir, c’est l’action concertée, douce et intelligente, la force tranquille du mouvement.

« Même si la société québécoise est celle qui me ressemble le plus, mon séjour à Unamen Shipu m’a permis de prendre conscience de ma propre quête identitaire. Si je me reconnais de moins en moins dans la société québécoise, je me reconnais encore moins dans les autres sociétés. Ce qui me paraît évident, c’est que je ne me sens pas en adéquation avec les valeurs dominantes. »

En terminant notre rencontre, nous demandons à Geneviève si elle croit que l’intérêt que portent plusieurs jeunes poètes envers les cultures autochtones provient d’une fatigue face au monde contemporain. Elle répond :

« Je ne crois pas au progrès de type linéaire. Les gens que j’ai rencontrés à Unamen Shipu marchent dans un sentier qui est le leur en revendiquant une manière « autochtone » de vivre. L’identité québécoise est nécessairement multiple. La définition de la majorité n’est pas nécessairement la mienne. J’ai de la difficulté à croire que la société puisse changer, bien que je sente que les vrais changements ne peuvent venir que des gens ordinaires.

« Un soir, à Unamen Shipu, une petite fille de sept ans, Tara, m’a parlé des pieds-de-vent comme s’il s’agissait de la manifestation concrète des anges dans le ciel. Toutes les deux, assises sur la colline qui surplombe le village, nous nous sommes recueillies pendant un long moment. Je crois que, grâce à elle, j’ai vécu ce moment plus intensément qu’aucun autre. »

Geneviève nous offre généreusement un extrait de son deuxième recueil, à paraître ce printemps aux éditions de l’Hexagone.

GenevieveBoudreau_Poeme

Quatrième jour

Texte 1 : L’âme de la terre (Louis-Edmond Hamelin)

Texte 2 : Mission du Saguenay (père Michel Laure)

Contexte : Chek8timy (Chicoutimi)

Le quatrième jour, les pèlerins se reposèrent et firent des achats en vue de l’aventure à venir : des bottes, une casquette, du jus, du riz, du porto, etc. Au cours d’une expédition, il y a des jours plus « sédentaires », des jours choisis pour écrire, lire, réfléchir et se reposer, pour se baigner aussi, parce qu’il fait quasiment 30 degrés au Saguenay et que Pierrot met en pratique sa maxime « Si laveris te, lotus ». À La Baie, anciennement « Port-Alfred », l’eau a un petit goût salé — il vaut la peine de le souligner —, tout comme à Cap-Jaseux. L’effet de la marée, même si l’embouchure se trouve quasiment à cent kilomètres, se fait sentir jusqu’ici. Un cargo mouille dans la baie ; l’activité industrielle a subsisté. Mais ces années-ci, c’est surtout le tourisme qui alimente la région ; le long d’un très long quai de ciment viennent accoster de grands bateaux de croisière.

Nous sommes véritablement dans un pays de fjord. Le père Laure écrit dans son journal : « Les montagnes entre lesquelles coule le Saguené sont si hautes et escarpées que les monstrueux arbres qui sont sur leurs sommets ne paroissent gueres d’en bas plus gros que la jambe, et vers les 7 heures du soir en été, pour peu qu’on longe la terre du sud, ou qu’on ne soit tout-à-fait au large, on a peine à lire en canot. »

Nous profitons de cette journée pour refaire le monde : Pierrot nous brosse un large portrait des communautés religieuses, de leurs différents charismes, des enjeux qui les mobilisent ; Jean évoque plusieurs anecdotes nordiques : pêche miraculeuse à l’île Mansel, voyages épiques en skidou, discussions avec son ami inuit Qalingo. Pour ma part, je rêve d’ensauvagement et de nordicité, d’une vie pleine, à la (dé)mesure de ce pays grandiose. Le soir, nous soupons sur la rue Racine, l’équivalent de la rue Saint-Jean à Québec ou de la rue Saint-Denis à Montréal. Il y a un air de fête qui règne au cœur de Chicoutimi. L’été s’arrêtera-t-il tout net dans trois jours? Qui sait? Profitons-en pendant qu’il est là! Flâner autour de la cathédrale nous mène une fois de plus au père Laure. Certes, nous savions qu’il avait vécu à Chicoutimi, y « hyvernant » plusieurs années, et que le chemin vers la Témiscamie passait forcément dans les parages. Mais voilà que nos vagabondages nous font aboutir de l’autre côté de la rivière Chek8timy, devant ce monument à demi effacé de Coteau-du-Portage, à l’angle de deux rues (Price et Dréan), érigé en 1937. Un autre clin d’œil pour nous indiquer que nous sommes sur la bonne route. Ce père Laure ne cesse de laisser des traces!

En lisant Louis-Edmond Hamelin qui écrit que la « nordicité implique de penser et de construire le Nord autrement que les non-Autochtones l’ont fait », je ne peux m’empêcher de penser que certains non-Autochtones ont tout de même fait une belle job, parmi lesquels ces gens qui passèrent au Coteau-du-Portage. De notre côté, nous partons demain pour Chibougamau.

Portage

Plus d’informations sur le site patrimonial du poste de traite de Chicoutimi.

Deuxième jour

Textes 1 : Toutes isles et Le mal du Nord de Pierre Perrault

Textes 2 : Livre de Jonas, Lettre aux Romains – « La création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8, 22)

Contexte : matinée à Pessamit avec Ronald Bacon et la Wapikoni ; excursion aux baleines depuis les Escoumins ; coucher en camping

À Pessamit, un peu incrédules, nous retrouvons des traces du père Laure : chez Ronald Bacon tout d’abord, un Innu qui nous partage la quête qui l’anime depuis plusieurs années, pour laquelle il a utilisé la carte du jésuite (il nous en laisse d’ailleurs une copie — merci encore Ronald!) ; puis au centre communautaire, à côté d’où est garée la Wapikoni mobile : on présente des figures marquantes du territoire innu et le père Laure en fait partie. Sa carte est imprimée en gros format sur un panneau. Quelle synchronie! Et quelle belle entrée en matière pour notre expédition! En fin de matinée, après avoir visité le studio de la Wapikoni et échangé quelques mots avec Isabelle Kanapé et Geneviève Allard, en plein montage, nous repartons, en direction de Tadoussac. Nous dressons notre campement sur le bord du fleuve, juste après Les Escoumins, avant de rejoindre les « Écumeurs », qui nous mènent en zodiac sur le fleuve-mer, pour une observation de baleines. Entre 17 heures et 19 heures, nous allons à la rencontre de Gaspard, un rorqual à bosse qui évolue tout près de l’embouchure du Saguenay. À sept ou huit reprises, il souffle, fait surface et plonge, déployant son immense queue. Émotion de pouvoir admirer un tel cétacé, même de loin. L’océan sent plus que bon ; c’est comme l’odeur profonde de nos origines que nous inspirons, « la mer étant grosse d’événements cachés aux rivages… » (Toutes isles). Retour au camping où nous avalons un spaghetti. Il a fait frisquet sur la mer. Ici, à terre, c’est la joie. La voie lactée semble aimer nous regarder. Il y a bien du bruit autour de nous, ceux des appareils de ventilation des roulottes voisines, mais bon… Ainsi va la vie dans les campings modernes. Isabelle démarre le feu de camp. Pierre-Olivier sort son charango. Nous chantons, puis placotons de notre journée, de notre rencontre du matin, à Pessamit, avec Ronald, qui nous a parlé abondamment du « pays de la loutre », situé au nord-est de l’Antre de marbre. Contrée de ses rêveries les plus puissantes, de ses ancêtres et d’esprits qui lui donnent envie d’aller vivre là, en pleine taïga, pendant toute une année. Nous chantons encore, entraînés par Pierrot, au charango. Tout à coup, une employée vient nous avertir qu’il n’est pas permis de se servir d’un instrument de musique sur le site du camping, qu’on nous entend de très loin, que d’autres campeurs se sont plaints. Mais il est 21 heures 30! Fin de la discussion. La fête est brisée. Mais que fait-on du bruit des grosses roulottes qui laissent mugir leurs ventilateurs? Nous éprouvons, nous aussi, à notre façon, le « mal du Nord ». Nous partirons tôt demain. Vers le Nord, vers le Bois, dans un pays où il est permis de chanter quand il fait nuit.

Wapikoni_Pessamit

Dans la roulotte de la Wapikoni à Pessamit : montage du film d’Isabelle Kanapé avec Geneviève Allard

Voir la bande-annonce du film Le peuple perdu, racontant la quête de Ronald Bacon.

Isabelle Kanapé est un des personnages du film Québékoisie (2013) de Mélanie Carrier et Olivier Higgins. Elle travaille présentement à son deuxième court-métrage, réalisé avec l’aide de la Wapikoni.

Premier jour

Textes 1 : Bâtons à message/Tshissinuatshitakana de Joséphine Bacon, Kuessipan de Naomi Fontaine, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures de Natasha Kanapé Fontaine, Pour une autohistoire amérindienne de Georges Sioui

Textes 2 : récit de la Genèse (Gn 1, 20-26), vision d’Ezéchiel (Ez 47, 1-12)

Contexte : de Sainte-Brigitte-de-Laval à Pessamit, avec un arrêt à Sainte-Anne-de-Beaupré

Départ avec notre vieille roulotte que nous traînons derrière l’auto, en plus de notre canot avec lequel nous voyagerons sur la Témiscamie. Première halte à Sainte-Anne-de-Beaupré, lieu de pèlerinage particulièrement aimé par les Innus. Pierre-Olivier y va d’un exposé assez extraordinaire sur l’importance du portique de la basilique, de ce lieu « intermédiaire » entre l’extérieur et l’intérieur de l’église, qui convoque toute la création, avec ses mosaïques évoquant les différents métiers, les saisons, les animaux et jusqu’aux signes astrologiques. Ce portique, lieu de départ privilégié pour un pèlerinage, nous apparaît comme un chef-d’œuvre architectural. Seconde halte à Saint-Irénée où nous mangeons sur les bords du fleuve-mer, où nous prenons le temps d’aller admirer les eaux du bout du quai. Juste avant d’embarquer sur le traversier à Tadoussac : troisième halte à Baie-des-Rochers, lieu de forêt et de lumière où nous nous baignons dans la mer. Le sel marin reste un puissant remède pour bien des maux, tant du corps que de l’esprit! Enfin, dernière halte à Pessamit, où nous sommes reçus par Geneviève Allard et l’équipe de la Wapikoni mobile. Nous allons coucher dans la cour de la maison où ils logent. Nous prenons contact avec Ronald Bacon, un Innu de Pessamit qui connaît intimement certains lieux très secrets des monts Otish. Demain, nous le reverrons, chez lui.

fleuve

 

 

À lire: une entrevue de fond avec Georges Sioui sur le site de la revue Argument.

Inauguration

Textes : Prière aux quatre directions (Isabelle Duval), extraits du Discours du Chef SeattleCantique des créatures (François d’Assise)

Contexte : Parc des Voiliers / Cimetière Mount Hermon (Québec)

Il peut sembler étrange à première vue d’inaugurer une expédition dans un cimetière… Il s’agit du lieu où est enterré le père d’Isabelle. Se recueillir sur cette tombe, face au fleuve, nous permet d’inscrire ce pèlerinage dans la continuité de nos lignées respectives, de recevoir la « bénédiction des ancêtres ». Le Chef Seattle, dans son discours à Georges Washington, disait : « Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père ». On n’est pas loin du Cantique des créatures de saint François d’Assise, où défilent sœur Lune, frère Vent et jusqu’à notre sœur la Mort.

Inauguration