Cinquième jour

Textes 1 : Nataq et Les Yankees (Richard Desjardins), Isuma (Jean Désy), Maria Chapdelaine (Louis Hémon), Menaud, maître-draveur (Félix-Antoine Savard)

Textes 2 : (à venir)

Contexte : de Chicoutimi à Chibougamau

Dans l’auto : Kalinka (New York Russian Choir), Ya Hey (Vampire Week-end), x?y?z? (Damon Albarn),  Feeling Groovy (Simon & Garfunkel), Sans regret (Brigitte Boisjoli), Un Canadien errant (Whitehorse), Quand on est en amour (Patrick Norman), Mille après mille (Fred Pellerin)

Il y a des jours où il fait chaud. Caniculaire au Saguenay en ce cinquième jour de notre expédition. Nous partons vers le nord en empruntant la route qui contourne le lac Saint-Jean du côté est. Bref arrêt à Péribonka, parce que Maria Chapdelaine, de Louis Hémon, demeure une œuvre encore très présente dans nos pensées, dans nos vies, dans notre littérature, et partout dans le pays « belluet ». Sur la route, Isabelle nous lit d’ailleurs un passage du roman où Maria s’imagine avec douleur la mort de François Paradis, au cours d’une tempête de neige. Comme la nature sauvage reste menaçante dans l’esprit de certains… Mais le nord du lac Saint-Jean, aujourd’hui, n’a absolument rien d’hivernal. Nous atteignons La Doré vers 13 heures, après un dîner dans un petit parc de Saint-Félicien, où l’on souligne, grâce à un monument fort joli, l’histoire de l’exploration nordique du pays, dont le voyage du père Albanel jusqu’au lac qui porte son nom, en 1672. Puissante histoire! Et parce que nous avons un peu de temps, et parce qu’il fait si « tropicalement » beau, et parce que Jean, qui a descendu l’Ashuapmouchouane il y a dix ans, rêve depuis longtemps de la revoir de près, surtout ses chutes et son si long portage, nous filons vers les rapides de La Chaudière par un petit, très petit chemin de bois, très cahoteux. Après cinq kilomètres, la roulotte est abandonnée dans un chemin de travers ; les chutes se trouvent encore loin, dix kilomètres plus loin, dans le bois profond, et il ne faudrait pas casser un essieu de roulotte car ce serait la guigne, et une sérieuse remise en question de la suite de l’expédition. Nous poursuivons donc sans roulotte, découvrons les fameuses chutes, et juste en aval, une vaste baie où la baignade est sublime. Pierre-Olivier et Isabelle nagent assez loin au large, expérimentant la force d’un remous de courant. Jean se remémore alors que c’est cinq cents mètres plus loin, lors de sa descente de la rivière il y a dix ans, que le canot de ses compagnes de voyage avait cravaté : la coque trouée, la réparation d’urgence, la fibre de verre qui avait permis de continuer la descente jusqu’à La Doré. Après une bonne heure dans le bois, imprégnés de la force folle des chutes, nous reprenons le petit chemin et la roulotte, croisons trois perdrioles, et filons vers Chibougamau. Nous sommes attendus chez Janique et Carol, de grands amis de Pierre-Olivier, pour un souper, et la fête, et bien des rires, et les souvenirs du temps où Pierrot était vicaire à Chibougamau (pendant cinq ans et demi!), et le charango et des chants scouts autour du feu, dans la nuit, derrière la maison, en pleine petite ville nordique qui exulte sous les étoiles par un si beau temps d’été.

Isa

 

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